Hi-Tech#7: Et si la réponse était une simple clé USB ?

Écrit par Poupi le 07 janvier 2010 dans la catégorie : Hi-Tech


En faisant mon tour du Web quotidien, je suis tombé par hasard sur cette page du journal de Vinvin36. Une phrase (la première en fait) a particulièrement retenu mon attention : « Venez avec vos clés USB. En échange d’une somme d’argent, vous repartez avec une copie de l’œuvre ».

La formule n’est pas spécialement nouvelle (Radiohead ou encore Raphaël -qui soutient Hadopi- en avaient expérimenté une variante) mais méritait d’être soulignée. Jusque là, toujours rien de neuf… Et puis, d’un coup, ça m’a sauté aux yeux.

On nous parle souvent d’Hadopi, de téléchargement illégal, de copies pirates, d’enfoirés de scélérats retirant le pain de la bouche des artistes. On nous parle de droit d’auteur, d’alternatives « payantes qui ont l’avantage d’être légales ». On nous dit que le monde du cinéma va mal. Regardez les chiffres de 2009! Ils sont… Ah non merde, ils ne vous le confirmeront pas, bien au contraire. Alors, on vous parle de la crise du CD et du DVD. « Ces enfoirés de pirates nous volent, nous, pauvres travailleurs ! ».

Le téléchargement illégal cause t-il un manque à gagner pour l’industrie du disque? En fait, je n’en sais rien, et au final, je m’en contre-fous. Comme beaucoup l’ont dit et re-dit à maintes reprises, le débat n’est pas là.

« Internet représente une révolution, au même titre que l’imprimerie. Et les gens à qui Internet fait peur sont à peu près les mêmes à qui l’imprimerie faisait peur. Tout d’abord, ce sont ceux qui ont un business en place. Les éditeurs de DVD ayant remplacé les moines copistes »Benjamin Bayart

Et une fois de plus, on assiste, impuissants, au spectacle lamentable de ces « moines copistes », accrochés à leur business plan comme des moules à un rocher. « C’est mon DVD, c’est ma tune. Ça fait 15 ans que ça dure, et je ne veux pas que ça change » . Messieurs, soyez sérieux.

Les choses évoluent, mais force est de constater qu’au fond, les situations se répètent. On avait connu la « crise de la VHS », voici celle du DVD.

Non, nous ne vous retirons pas le pain de la bouche. Nous nous battons pour des causes qui nous semblent justes. Alors forcément, vous, dans vos costumes 3 pièces taillés sur mesure, votre Rolex au poignet, ça ne vous plaît pas. Normal. Qui aimerait se faire égorger avec la cuillère en argent qu’il avait dans la bouche? Personne.

Sauf que ce que vous ne semblez pas comprendre, et que surtout, que vous vous refusez d’admettre, vous, messieurs les bien pensants, c’est que ceux que vous appelez « pirates », « voleurs » ou « escrocs » ont réussi à bâtir un modèle économique qui surpasse le vôtre. Un modèle qui serait parfait, s’il n’était pas entravé par cette justice qui se traîne à vos pieds.

Pourquoi pensez-vous que certains soient prêt à payer 25€ par mois pour accéder à des fichiers « piratés » ? « Parce que c’est moins cher ! ». Non messieurs, tout ne se résume pas qu’au fric.

Pour vous, qu’est-ce qu’un DVD? Un galette de plastique, entouré d’une belle boite, aux jolies couleurs. « Ça justifie le prix ». Sauf que là où vous voyez un produit, nous ne voyons qu’un support. Pourquoi payer 20€ un film qu’on ne visionnera qu’une fois ? Parce que la jaquette est jolie ? Non. Le contenu nous intéresse, pas le contenant.

Vous confondez l’œuvre et son support. Le support n’a aucune valeur marchande, si ce n’est son coût de production. Un joli DVD, une jolie boite, des tas de bonus. Tout ça, on s’en branle. Ce que nous voulons, c’est l’œuvre, pas toute cette merde qui l’accompagne et qui vous permet de justifier son prix.

Maintenant, souvenez-vous de cette phrase d’introduction : « Venez avec vos clés USB. En échange d’une somme d’argent, vous repartez avec une copie de l’œuvre. »

Vous commencez à comprendre?

D’un côté, les éditeurs, les maisons de disques, les boites de prod’. Les « Majors » comme on aime les appeler en France. Ça fait américain, c’est classe. De l’autre, des artistes qui à première vue n’ont rien en commun, si ce n’est leur désir d’innover. Les titans (Nine Inch Nails, Radiohead, …), qui n’ont rien à craindre de ces fameux « Majors », et les petits, les indépendants. Ceux qui ne sont pas assez « grand public », ou « star ac’ » pour passer sur TF1 et gagner un contrat.

Les seconds innovent. Proposent du numérique. Ils ne vendent plus un support, mais une œuvre. Parfois même, ils nous surprennent et diffusent leurs titres gratuitement. Et si on aime leur musique? C’est simple. On sort la carte bleue, mais de bon cœur. Et le pire, c’est que ça marche.

Mais non, les « Majors » (décidément, il est classe ce mot) continuent d’accomplir leur sempiternelle croisade contre l’évolution. « Nous, on vendra des supports, coûte que coûte, même si pour ça, il faut tous vous foutre en taule ».

Majors par-ci, droits d’auteur par là.

À la base, la référence à l’Hadopi ne devait servir que d’introduction. Mais comme d’habitude, il semblerait que je me sois laissé emporter.

Tel qu’il est écrit à l’instant, rien ne m’empêcherait de publier ce billet. Rien, sauf ma conscience. Parce qu’à force d’être alarmiste, à force de tirer la sonnette d’alarme, on en viendrait parfois à oublier que des alternatives existent. Mais avant ça, revenons rapidement sur l’état actuel du marché. Aujourd’hui, que nous propose t-on? Deux solutions :

- La vente d’un support physique (CD, DVD, Blu-ray, …) contenant l’œuvre, cette méthode fabuleuse que chérissent tant les moines copistes modernes
- La vente dématérialisée, par internet

Ayant exposé mon point de vue sur la vente physique, je souhaiterais m’intéresser à la vente dématérialisée. À quoi est-ce que ça ressemble?

Les plateformes de vente d’œuvres dématérialisée sont toutes différentes, mais reposent sur le même schéma. Vous accédez à un catalogue en ligne, sur lequel on vous propose un certain nombre d’œuvres. Après avoir fait votre sélection et validé ce choix, vous sortez votre carte bancaire, payez en ligne. Une fois le paiement validé, on vous propose de télécharger un fichier (plusieurs centaines de Mo) contenant plus ou moins de DRM (ces fameux systèmes anti-copie vous empêchant de consulter votre musique acquise légalement sur votre lecteur MP3). Quelques minutes (ou heures suivant le débit de votre connexion internet) plus tard, vous pouvez consulter l’œuvre téléchargée pendant une période plus ou moins longue (2 jours pour un film en moyenne). Passé ce délai, le fichier devient inutilisable.

Ce système, bien qu’il paraisse simple, est lourd de contraintes, techniques principalement.

La première, celle du temps de téléchargement. Tout le monde ne dispose pas de connexion ADSL en fibre optique (et certains sont encore au 56K!). Pour vous donner une estimation, disons que, si vous avez de la chance, beaucoup de chance (que vous téléchargez au maximum de votre connexion et sans coupure), il vous faudra, pour télécharger un fichier de 700Mo :

1 minute en 100Mbps (fibre optique)
5 minutes en 20Mbps
12 minutes en 8Mbps
20 minutes en 5Mbps
45 minutes en 2Mbps
1 heure 30 minutes en 1Mbps
3 heures en 512Kbps
29 heures en 56Kbps

Le 56K n’est plus vraiment représenté en France (même si ça existe toujours), mais combien d’internautes disposent aujourd’hui de connexions internet 1Mbps ou 512Kbps? Je ne me risquerai pas à donner des chiffres, mais croyez-moi, il y en a ÉNORMÉMENT.

D’un côté, on vous demande cinq à dix euros (en moyenne) pour un film que vous ne pourrez consulter que pendant deux jours. Bien entendu, un film qui sera truffé de DRM et que vous ne pourrez consulter que sous Windows Media Player (amis manchots, je vous salue).

Et de l’autre? La même chose, gratuitement, sans les DRM, ni la limitation de deux jours. Des films disponibles avant leur alternative légale, dans des qualités souvent supérieures (DVDRIP, BDRIP, 720p, 1080p, DVD-R, …). Tout ça… Pour un temps de téléchargement équivalent.

Vendre l’œuvre et non le support, c’est bien. Mais encore faudrait-il abolir les contraintes. Et c’est clairement ce que font ces petits artistes, qui vous demandent d’amener votre clé USB, et de vous délester de quelques euros pour profiter pleinement de leurs créations. Sans la moindre contrainte, et de manière totalement légale.

Je parlais donc d’une alternative, celle qui m’a poussé à écrire ce billet. Une idée un peu folle, mais pas forcément très conne qui m’est passée par la tête. Ce n’est peut-être pas l’idée du siècle, mais elle a l’avantage d’exister, et de pouvoir être mise en place en quelques semaines seulement.

Au même titre qu’il existe des distributeurs de boissons, de bonbons, de sandwich, de fruits et même de pizzas, pourquoi ne pas créer des distributeurs d’œuvres multimédia?

« Mais t’es con ou quoi? On s’est farcit 150 lignes pour que tu nous parles d’un truc qui existe déjà? Connard ! »

Mais non, mais non. Souvenez-vous de tout ce que j’ai dit au dessus. Pas besoin de nous vendre le support. Ce qui nous intéresse, c’est le contenu.

Actuellement, il est possible de louer des DVD 24/24 dans des distributeurs de ce genre. Vous insérez votre carte bancaire, choisissez votre film, et la machine vous le donne. Si le DVD n’est pas restitué dans le délai imparti, la machine s’occupe de débiter votre compte pour le remboursement du DVD, en plus du prix de la location. C’est bien, c’est pratique… Sauf qu’une fois de plus, ce système est contraignant. Et que celui qui n’a jamais eu la flemme d’aller rendre un DVD au vidéo club me jette la première pierre!

Laissez-moi maintenant vous présenter ce à quoi je pensais.

Imaginez une grosse boite de la taille d’un distributeur de coca classique. Plus petite même, si vous voulez… Le cœur de la bête n’étant pas un monstre de puissance. Sur la façade, un écran, quelques boutons, une fente pour insérer l’argent, une autre pour récupérer la monnaie. Et surtout? Un port USB. À l’intérieur? Rien de bien compliqué. La machine est une sorte de gros NAS. Un petit ordinateur pas très puissant (un processeur 400Mhz et 128MB de RAM suffiront largement), mais avec de gros, très gros disques durs! 5 ou 10 To de données dans lesquelles seront stockés tous les films que proposera l’appareil. Coût de la machine? À tout casser, 500€ pièce, grand maximum.

Comment fonctionnerait cette machine? C’est simple. Imaginons que je veuille acheter un film… Prenons « Léon » par exemple, de Luc Besson.

Je suis au travail, il est 10h30 et c’est l’heure de ma pause. Je quitte mon poste et me dirige vers la machine à café. Seulement voilà… Ce soir, TF1 rediffusera pour la 12.537eme fois le même épisode de Julie Lescaut. Ouais… Mais nan.

À côté de ma machine à café préférée, se trouve une sorte de borne. Un truc tout neuf, à partir duquel n’importe quel con est capable d’acheter un film en quelques secondes. « Ce soir, ce sera Léon ». En me servant des quelques boutons présents sur la machine, je fouille le catalogue, et, oh, miracle! Léon est disponible! Il me suffit alors de brancher ma clé USB sur la machine, d’insérer ma monnaie (quelques euros), et de sélectionner le film dans la liste. Je valide. Et hop, la machine procède au transfert du film, depuis son disque dur jusqu’à ma clé USB. Temps de l’opération? 10 secondes. 2 pour insérer ma monnaie, 5 pour sélectionner mon film, et 3 pour le transfert sur la clé USB (vive l’usb 3.0). La machine vérifie que le film est correctement copié sur la clé et si tout fonctionne, elle m’invite à la retirer pour la récupérer.

Et si je n’ai pas de clé USB? Pas de problème. Il est également possible d’en acheter une vierge directement dans le distributeur.

Voilà ce que je propose. Voilà typiquement le genre de choses qu’il est possible de réaliser. Sauf que non, il est très probable que ce genre de technologies n’arrive jamais. Alors, on préfère vendre des DVD 20€ l’unité, parce que le packaging est sympa. Et on vend des morceaux de musique sans DRM, 1,3€ pièce sur iTunes… Parce que la bande passante, c’est pas gratuit, et que le stockage de ces données sur le serveur, ça a un coût.

Des moyens de vendre à bas coût, il en existe des tonnes. Mais non, pas besoin.

« On est les Majors, et on vous encule. »

Notes

[1] Crédit photo : Curiouslee (Creative Commons BY)
[2] Crédit photo : Wollbinho (Creative Commons BY-NC-ND)
[3] Crédit photo : Diabolikkitsuney (Creative Commons BY-NC-ND)

Commentaires : 4 | Tags : , ,

4 Commentaires

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Tom

Vendredi 8 janvier 2010 à 0:50


totalement d’accort ac toi s’en un des meilleur article que t’es publier digne d’un vrai journaliste pk pas une vocation? franchement tu pourrais et tu devrait ca serait bien plus intéressant a lire que le ramassé de conneries que l’on nous imprime chaque jour.

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Poupi

Vendredi 8 janvier 2010 à 15:12


@Tom : Merci, c’est gentil !

J’essaie d’apporter ma petite pierre à l’édifice, mais de là à appeler ça du journalisme… Disons que je n’ai pas cette prétention :)

Merci à tous les deux d’avoir pris le temps de laisser un commentaire!

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Pochou

Vendredi 15 janvier 2010 à 10:44


Yep sympa ! L’idée du distributeur à côté de le machine à café c’est vraiment pas une mauvaise idée… Je suis quasi-sur que ça marcherait pas mal surtout que voilà pendant ta pause autour d’un café ton collègue te parle d’un film qu’il a apprécié et que tu connais pas et hop c’est l’occasion de le découvrir ça tombe bien ya un distributeur ^^

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